Chronique féline par Symba - N°1
- il y a 1 jour
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"On m'a promis un jardin"

Après ma petite sieste au soleil, je suis allé me dégourdir les pattes et j’ai rencontré un de mes congénères Noiraud, que je connais de vue et avec qui j’échange quelques fois. Il était tout déprimé et il m’en a confié la raison : il allait déménager. Ce qui en soit pourrait être une bonne chose mais pour nous les chats tout changement de maison est traumatisant.
Voilà comment il l’a su :
Mes maîtres avaient l’air si contents ce matin-là !
« Tu verras, mon Beau, on va voir une maison avec un jardin ! Tu pourras courir partout !
Ils parlaient fort, avec cette voix douce qu’ils prennent quand ils pensent me faire plaisir.
Moi, j’ai levé la tête, j’ai remué un peu la queue… mais au fond, quelque chose s’est cassé.
Un jardin, c’est bien. Je ne suis pas contre. L’herbe, les odeurs, les insectes à observer pendant des heures… Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que mon monde à moi ne s’arrête pas aux murs de la maison.
Ici, j’ai mes habitudes.
Il y a le vieux banc au coin de la rue où je retrouve Grisette. Elle fait semblant de ne pas m’aimer, mais elle vient toujours s'asseoir à deux pas.Il y a le petit muret chauffé par le soleil où Rouquin passe ses après midi. Lui il raconte toujours les mêmes histoires mais je l’écoute quand même.Et puis, il y a cette dame du rez-de-chaussée… elle laisse parfois une gamelle. Pas tous les jours, non, mais assez souvent pour que je sache que quelqu’un pense à nous.
“Là-bas tu seras tranquille” qu’ils disent…
Tranquille,
C’est drôle comme ce mot peut sembler vide.
Qui je vais regarder passer, moi, depuis la fenêtre ?
Qui je vais suivre discrètement entre deux jardins ?
Qui va venir miauler sous la lune avec moi ?
Ils ne voient pas tout ça. Pour eux je suis “leur chat”
Mais moi, je suis un peu le chat du quartier.
Je connais les odeurs de chaque porte, les bruits de chaque pas dans l’escalier, les heures où la lumière change dans la rue. Je sais où trouver un abri quand il pleut,et où attendre quand quelqu’un pourrait partager un peu de nourriture. Je fais partie d’un petit monde discret, fragile…mais bien vivant.
“Tu vas être heureux”, ils répètent.
Peut-être,
Je leur fais confiance, bien sûr. Ils prennent soin de moi, ils me caressent, ils remplissent ma gamelle,. Je les aime à ma façon mais ils oublient que j’ai aussi choisi cet endroit, ces rencontres, ces instants volés.
Là-bas il y aura un jardin…
Mais y aura-t-il des histoires à raconter ?
Des regards à croiser ?
Des vies à frôler ?
Je ne dis rien. Je les regarde préparer les cartons.Je me glisse entre leurs jambes, comme d’habitude. Je ronronne même un peu, pour ne pas les inquiéter. Mais au fond de moi, je murmure:
Et les autres, alors ?
Qui prendra soin d’eux quand nous serons partis ?
Parce que moi, j’ai une maison qui m’attend,
Mais eux, ils n’ont que la rue…
J’ai alors eu une pensée pour tous les chats qui restent, ceux qu’on ne voit pas toujours, mais qui font partie du paysage. Ceux qui comptent sur un regard, une gamelle, un geste…
Un déménagement, pour nous les chats, est toujours une grosse période de stress



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